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Nourrisson

Les grandes étapes du développement moteur du nourrisson

Nourrisson allongé sur le dos, attrapant ses pieds

Au cours de sa première année, votre bébé va progressivement découvrir son corps et apprendre à interagir avec son environnement. Tenir sa tête, attraper ses pieds, se retourner, s'asseoir, se déplacer puis se mettre debout : chacune de ces acquisitions se construit progressivement, à partir des expériences motrices précédentes.

Mais le développement moteur n'est ni une course, ni un calendrier à respecter à la semaine près. Les âges d'acquisition peuvent varier considérablement d'un enfant à l'autre. L'OMS parle d'ailleurs de « fenêtres d'acquisition » plutôt que d'un âge précis pour chaque étape.

L'important est donc moins de comparer deux bébés du même âge que d'observer la progression globale de chaque enfant, la qualité et la variété de ses mouvements, ainsi que l'absence de régression dans ses acquisitions.

Une progression naturelle et logique

Les grands principes du développement moteur

01De la tête vers les pieds

Le contrôle moteur se développe progressivement de la tête vers les membres inférieurs.

Le bébé acquiert d'abord un meilleur contrôle de sa tête et de son tronc avant de pouvoir organiser efficacement son bassin et ses jambes.

02Du centre vers les extrémités

Les segments proches du tronc se contrôlent avant les extrémités.

Le contrôle du tronc et des épaules précède celui des mains et des doigts ; la hanche précède celui du pied.

03D'une motricité globale vers des mouvements de plus en plus précis

Au début de la vie, les mouvements sont souvent globaux et impliquent plusieurs parties du corps. Avec le temps, ils deviennent plus organisés, dissociés et précis.

De mouvements globaux vers des mouvements plus précis

04Le mouvement nourrit le mouvement

Chaque mouvement permet au bébé de recevoir de nouvelles informations. Ces expériences enrichissent son contrôle moteur et lui permettent d'acquérir de nouvelles compétences.

Explorer, bouger, manipuler… aide le bébé à mieux connaître son corps et son environnement, et à progresser à son rythme.

Les grandes étapes

Les âges indiqués sont des moyennes d'acquisition : ces âges sont des repères et non des échéances. Chaque enfant avance à son rythme.

  1. 0 – 3 mois

    Découvrir son corps

    • Contrôle progressif de la tête
    • Mouvements ses quatre membres
    • Mains vers le visage et la bouche
    • Interactions avec son environnement : Regard se fixe mieux – Commence à suivre visuellement les personnes et les objets qui l'intéressent
  2. 3 – 6 mois

    Prise d'appui

    • Meilleur contrôle tête et tronc
    • Appui sur les avant-bras puis progressivement sur ses mains
    • Bébé découvre la ligne médiane de son corps : ses mains se rejoignent, il attrape ses genoux puis ses pieds et explore beaucoup avec sa bouche
    • Premiers retournements
  3. 6 – 9 mois

    Explorer l'espace

    • Se retourne dans les deux sens
    • Déplacement au sol (pivot, reptation, quatre pattes, …)
    • Mouvements moins « en bloc »
    • Assise stable

    Selon l'OMS, la fenêtre d'acquisition de la position assise sans soutien s'étend approximativement de 3,8 à 9,2 mois.

  4. 9 – 12 mois

    Se déplacer

    • Déplacements au sol plus efficaces
    • Se hisse debout avec appui
    • Se déplace le long des meubles
    • Préhension plus fine et manipulation des objets

    Les acquisitions et leur ordre peuvent varier d'un enfant à l'autre. Une étude de l'OMS a montré qu'environ 4,3% des enfants observés n'ont jamais utilisé le déplacement à quatre pattes avant d'acquérir les étapes suivantes.

  5. 12 – 18 mois

    La Verticalité

    • Transitions de plus en plus fluides
    • Premiers pas puis marche autonome
    • Équilibre progressivement plus stable
    • Explore davantage son environnement
    • Motricité fine de plus en plus précise

Chaque bébé suit sa propre trajectoire

Il n'existe pas une seule bonne façon de se développer. Certains bébés se retournent tôt mais marchent plus tard ; certains rampent, d'autres se déplacent à quatre pattes et une petite proportion ne passe pas du tout par cette étape.

Le développement dépend de nombreux facteurs : maturation neurologique, caractéristiques propres à l'enfant, expériences motrices, environnement, possibilités de jeu au sol, interactions avec son entourage, mais également de son histoire médicale ou d'une éventuelle prématurité.

On s'intéresse donc moins à une acquisition isolée qu'à la trajectoire globale : progression, diversité et symétrie des mouvements, exploration de l'environnement, transitions entre les positions et absence de perte d'une compétence déjà acquise.

Et s'il ne fait jamais de quatre pattes ?

Le quatre pattes est une expérience motrice intéressante pour les transferts de poids et la coordination, mais ce n'est pas une étape obligatoire.

Son absence isolée n'est donc pas nécessairement inquiétante.

Des gestes simples pour l'aider à explorer le monde

Comment accompagner le développement moteur de son bébé ?

Un enfant qui bouge est un enfant qui découvre, qui apprend et qui grandit.

Du temps au sol

Un tapis ferme et sécurisé. Bébé peut bouger librement ses bras et ses jambes, tourner sa tête, chercher un objet, expérimenter ses appuis et découvrir progressivement comment changer de position.

Du temps sur le ventre

Le fameux « Tummy-time ».
Lorsque bébé est éveillé et surveillé, plusieurs fois par jour, avec un objectif d'au moins 30min cumulées dans la journée pour un bébé non mobile.

La motricité libre

Laisser bébé expérimenter par lui-même plutôt que le placer régulièrement dans une position qu'il ne maîtrise pas encore seul. L'objectif n'est pas d'entraîner bébé à marcher ou s'assoir le plus tôt possible. Il a besoin de temps, d'espace et d'expériences variées pour développer sa motricité.

Limiter la contention

Eviter les périodes prolongées dans un transat, une poussettes, un siège-auto, chaise haute ou autre équipement limitant ses mouvements lorsqu'il est éveillé.
Les recommandations françaises indiquent notamment d'éviter qu'un nourrisson reste immobilisé plus d'1h d'affilée dans ce type d'équipement lorsqu'il est éveillé.

Donner envie de bouger

Un jouet placé sur le côté, votre visage, votre voix ou simplement un objet intéressant peuvent donner au bébé une raison de bouger. On peut lui proposer des expériences et l'encourager, sans chercher à obtenir absolument un mouvement particulier.

Et l'ostéopathie dans tout ça ?

Romy MICHAUD, ostéopathe D.O. à Annecy, lors d'une consultation

L'ostéopathie n'a pas pour objectif d'accélérer les acquisitions motrices d'un nourrisson et ne remplace ni le suivi médical du développement, ni une prise en charge spécialisée lorsqu'elle est nécessaire.

En consultation, l'observation de la motricité spontanée peut néanmoins faire partie de l'examen : mobilité de la tête et du tronc, qualité des appuis, symétrie des mouvements, aisance dans certaines positions ou transitions…

Lorsqu'un inconfort ou une restriction de mobilité musculo-squelettique entre dans mon champ de compétences, l'objectif est d'améliorer son confort et sa liberté de mouvement.

Quand demander un avis médical ?

Chaque enfant évolue à son rythme. Certains éléments doivent néanmoins être discutés avec le médecin ou le pédiatre :

  • Une perte d'une acquisition déjà présente
  • Une absence de progression
  • Une asymétrie importante et persistante des mouvements
  • Une difficulté inhabituelle à utiliser un membre
  • Ou un décalage important dans les acquisitions

L'inquiétude des parents est elle-même une raison suffisante pour en parler au médecin.

Quelques repères (signes d'alerte moteurs – HAS)

4 moisAbsence de tenue de tête
9 moisAbsence de tenue assise ou de retournement
18 moisAbsence de marche autonome

En cas de prématurité, ces repères doivent être interprétés selon l'âge corrigé jusqu'à 2 ans.

Selon son âge

Tableau des jeux possibles pour votre enfant

0-3 mois

Quelques idées de jeux

  • Visages et interactions
  • Tapis au sol
  • Mobile simple
  • Hochet léger
  • Images contrastées
  • Petit miroir adapté

Pourquoi ?

Stimuler le regard, l'écoute et les interactions

Encourager progressivement le suivi visuel et donner envie de tourner la tête

Le temps au sol permet également au bébé d'expérimenter librement ses mouvements

3-6 mois

Quelques idées de jeux

  • Hochets faciles à saisir
  • Anneaux
  • Petits objets/textures adaptés à la bouche
  • Tapis d'éveil
  • Miroir

Pourquoi ?

Encourager la coordination œil-main, la préhension volontaire, le rapprochement des mains vers la ligne médiane et l'exploration sensorielle

Un jouet placé légèrement sur le côté peut aussi donner envie au bébé de pivoter ou se retourner

6-9 mois

Quelques idées de jeux

  • Cubes souples
  • Balles faciles à saisir
  • Anneaux
  • Livres cartonnés/tissus
  • Miroir
  • Jeux de coucou-caché

Pourquoi ?

Favoriser les transferts d'objets entre les mains, les manipulations, les appuis et les déplacements pour aller chercher un objet

Le coucou-caché accompagne également progressivement la compréhension de la permanence de l'objet

9-12 mois

Quelques idées de jeux

  • Gobelets gigognes
  • Boîtes à remplir/vider
  • Gros cubes
  • Balles
  • Objets à empiler
  • Livres cartonnés

Pourquoi ?

Le bébé adore prendre, lâcher, taper, jeter, remplir et vider

Ces jeux développent la préhension, la coordination et les premières capacités de résolution de problème

12-18 mois

Quelques idées de jeux

  • Jeux d'encastrement simples
  • Gros puzzles à boutons
  • Cubes à empiler
  • Ballons
  • Jouets à pousser/tirer
  • Livres
  • Jeux d'imitation simples

Pourquoi ?

Accompagner la marche et l'exploration, travailler la coordination œil-main, la motricité fine et la résolution de petits problèmes

Les premiers jeux d'imitation commencent également à prendre davantage de place

18-24 mois

Quelques idées de jeux

  • Puzzles simples
  • Formes à encastrer
  • Grosses briques
  • Pâte à modeler adaptée
  • Crayons
  • Poupées/dinette
  • Ballons

Pourquoi ?

Développer la motricité fine, la construction, l'imagination et la résolution de problèmes, tout en laissant une grande place au jeu libre et aux interactions avec l'adulte

Les jouets simples comme les blocs, contenants et puzzles sont particulièrement intéressants à cet âge

Pas besoin de jouets sophistiqués !

Le meilleur jeu est avant tout celui qui correspond aux capacités actuelles de l'enfant, éveille sa curiosité et lui permet d'être acteur. Une balle, un miroir, quelques cubes ou même des contenants du quotidien peuvent offrir de nombreuses possibilités d'exploration.

Les interactions avec les parents — parler, chanter, lire, jouer à coucou-caché — sont tout aussi importantes que les jouets eux-mêmes.

L'American Academy of Pediatrics privilégie d'ailleurs les jouets simples favorisant les interactions plutôt que les jouets électroniques destinés à les remplacer.

Et les écrans dans tout ça ?

Durant ses premières années, l'enfant apprend avant tout dans le monde réel : en bougeant, manipulant, observant les visages, en interagissant avec son entourage et en explorant son environnement.

Le temps passé devant un écran peut remplacer une partie de ces expériences. Chez le tout-petit, une exposition importante ou inadaptée des écrans peut notamment être associée à moins d'activité physique, des perturbations du sommeil et des interactions parent-enfant moins riches.

En France, les recommandations publiées en 2025 vont plus loin et préconisent de ne pas exposer les enfants aux écrans avant 3 ans, puis un usage très limité, accompagné par un adulte et avec des contenus adaptés.

À retenir

  1. 1

    Chaque bébé évolue à son propre rythme : les acquisitions possèdent des fenêtres d'apparition parfois très larges.

  2. 2

    Le développement moteur est progressif : chaque nouvelle expérience enrichit les possibilités de mouvement de l'enfant.

  3. 3

    Le quatre pattes n'est pas une étape obligatoire, et son absence isolée ne signifie pas nécessairement qu'il existe un problème.

  4. 4

    Favoriser les jeux au sol, la motricité libre et le temps sur le ventre éveillé et surveillé permet au bébé d'expérimenter sa motricité.

  5. 5

    Une stagnation ou une régression des acquisitions, une asymétrie importante ou une inquiétude concernant le développement justifient d'en parler au médecin.

Rédigé par Romy Michaud, Ostéopathe D.O.

Sources

Pour les parents qui souhaitent approfondir certains sujets abordés dans cet article :

  1. 1. Organisation mondiale de la Santé (OMS) — Repères du développement moteur

    Les standards de développement moteur de l'OMS présentent les fenêtres d'acquisition de six grandes étapes motrices, notamment la position assise sans soutien, le déplacement à quatre pattes, la station debout et la marche.

  2. 2. Haute Autorité de Santé (HAS) — Repérage des troubles du neurodéveloppement

    Ces recommandations présentent les principaux signes d'appel et d'alerte développementaux, ainsi que les situations nécessitant une évaluation médicale ou spécialisée.

  3. 3. Ministère chargé de la Santé — Carnet de santé de l'enfant (2025)

    Le carnet de santé accompagne la surveillance du développement global et des acquisitions de l'enfant au cours des examens médicaux. Il comporte également les recommandations françaises de prévention concernant l'exposition aux écrans.

  4. 4. Organisation mondiale de la Santé (OMS) — Activité physique, sédentarité et sommeil chez les moins de 5 ans

    L'OMS recommande de favoriser plusieurs périodes d'activité physique et de jeu au sol au cours de la journée. Pour les nourrissons qui ne sont pas encore mobiles, elle recommande notamment au moins 30 minutes de temps sur le ventre, éveillé et surveillé, réparties dans la journée.

  5. 5. American Academy of Pediatrics (AAP) — Jeu et choix des jouets

    L'AAP encourage le choix de jouets simples, adaptés aux capacités de l'enfant et favorisant le jeu, l'imagination et les interactions avec l'adulte, plutôt que des jouets électroniques destinés à les remplacer.

  6. 6. Ministère chargé de la Santé — Enfants et écrans

    Informations complémentaires concernant les effets potentiels de l'exposition aux écrans chez l'enfant et les recommandations pour accompagner leur utilisation.

Pour aller plus loin

Dans la littérature scientifique :

  1. 7. WHO Multicentre Growth Reference Study Group.

    WHO Motor Development Study: Windows of achievement for six gross motor development milestones. Acta Paediatrica. 2006;95(S450):86–95.

    Cette étude permet notamment d'illustrer la grande variabilité normale des âges d'acquisition motrice chez des enfants en bonne santé.

  2. 8. Hewitt L, Kerr E, Stanley RM, Okely AD.

    Tummy Time and Infant Health Outcomes: A Systematic Review. Pediatrics. 2020;145(6):e20192168.

    Cette revue retrouve une association positive entre le temps passé sur le ventre et plusieurs paramètres du développement moteur du nourrisson, tout en soulignant les limites des données disponibles.

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